GRAND PORTAIL
THOMAS D'AQUIN

http://www.thomas-d-aquin.com

Ceci n'est ni un spam, ni une publicité, mais une information non commerciale
D'un simple clic au bas de cette page, cessez de recevoir ces mails

N° 26. EDITION NOVEMBRE 2003 :
* Jacquard est grand ... – Albert est son prophète ! Je viens de fermer le « Dieu ? » d’Albert Jacquard (Editions Stock/Bayard, 2003, 143 pages). J’avoue que cette lecture m’a laissé pantois. Comment peut-on ramasser en si peu de pages une telle quantité de poncifs éculés pour les présenter comme des nouveautés scientifiques ? Les bras en tombent d’avance à qui voudrait redresser la foison des expressions tordues.

     Pourtant le personnage semble respectable : Polytechnicien quasi-octogénaire, généticien reconnu, multi diplômé et multi médaillé, mais aussi héraut de la cause humanitaire et sorte d’Abbé Pierre laïque. Voilà de quoi donner autorité.

     Jacquard veut expliquer les termes du Credo catholique avec le sens «que lui attribue le langage actuel» (p19). Voici ses conclusions, elles parlent d’elles-mêmes. Je crois en Dieu le père : «Combien de siècles faudra-t-il pour admettre qu’attribuer un sexe à Dieu est un blasphème ?» (p 54). Tout puissant, créateur du ciel et de la terre : «Ne Lui attribuer ni le rôle du créateur, ni la toute-puissance ne rapetisse pas Dieu» (p 78). Et en Jésus-Christ : «Croire en Jésus-Christ ne signifie plus accepter les faits décrits par les Evangiles» (p 85). Son Fils unique, notre Seigneur : «Un Credo ... accessible à tous aurait finalement avantage à n’évoquer ni le Fils ni le Seigneur» (p 91). Conçu du Saint Esprit, né de la Vierge Marie : «Plutôt que d’insister sur ce questionnement sans réponse et finalement sans intérêt, le Credo chrétien aurait une portée plus grande à etc., etc.» (p 95). Est descendu aux enfers : «Cet épisode a les allures d’une victoire ... de l’ennemi de Dieu, Satan» (p 103). Ressuscité d’entre les morts : «Cette étape n’est peut-être pas essentielle» (p 106). Et en l’Esprit Saint : «Toutes les affirmations le concernant donnent l’impression d’un univers du discours qui se ferme sur lui-même» (p 109). La sainte Eglise catholique : «Non, il est impossible de présenter l’Eglise comme sainte» (p 115). A la communion des saints : «La communauté humaine, façon actuelle de nommer la communion des saints ... Ainsi est réalisé un véritable surhomme» (pp 134,137). A la rémission des péchés, à la résurrection de la chair : «La spécificité de notre espèce n’est pas d’avoir délibérément, par le péché, opté pour la mort ; elle est d’avoir osé porter notre regard sur l’avenir» (p 123). A la vie éternelle : «Dans l’univers de ma conscience, l’après-moi ne peut exister ... une vie éternelle peut alors être évoquée» (p 132). Et Jacquard d’achever en toute logique son analyse : «je ne m’attendais pas à découvrir que ce texte est un champ de ruines» (p 125) et finalement : «peu importe ce que je crois. Il me faut choisir librement à quoi m’engager» (p 141). Retour à la case départ.

     L’auteur affirme : «j’ai entrepris sans idée préconçue cette analyse». Toute l’équivoque est là ! Jacquard baigne tellement dans le préjugé scientiste qu’il ne s’en rend pas plus compte que de l’air qu’il respire. «Ce texte [le Credo] dont je vais essayer ... de préciser ... la signification qu’implique la science d’aujourd’hui» (p 19). L’entreprise ne pouvait mener qu’à répéter après tant d’autres, les mêmes conclusions rebattues. Positivisme des années 1950, que professent aussi Monod, Changeux et leurs épigones, rêve d’un monde de paix et d’égalité fondé sur la rationalité scientifique et libre de tout obscurantisme. Certains ont entrepris de construire ce paradis et nos savants n’ont pas compté, à l’époque, leur soutien enthousiaste. On sait aujourd’hui le résultat : cinquante années de guerres totales, des dizaines de millions d’éliminations idéologiques, le règne de la police secrète, de la misère et – sourire du diable – de l’absurde. Ce Léviathan connaît encore actuellement de cruels soubresauts. Bien sûr, nos savants l’ont renié depuis avec empressement.

Deux questions se posent alors :

     1°) Pourquoi Jacquard a-t-il autant de succès auprès des catholiques (dont l’éditeur) ? Il a, jusque dans son physique, une étrange ressemblance avec le Professeur Mortimer, ce Tintin scientifique croqué par Jacobs. Tout est en noir et blanc. Blanc le monde de la science, raisonnable, loyal, fraternel, humble, tourné vers l’avenir et le progrès. Noir celui de la croyance, illuminé, faux, guerrier, obscurantiste, orgueilleux. Avec juste ce qu’il faut pour sauvegarder le Credo, à savoir quelques valeurs de solidarité fraternelle. Là est le trait de génie : ne pas totalement tout rejeter pour maintenir un lien avec les croyants. Les chrétiens qui partagent l’ignorance de l’auteur se trouvent à l’aise et flattés. Car l’auteur est ignorant en matière religieuse : une ou deux références au Catéchisme de l’Eglise Universelle, une ou deux citations de Saint Augustin (sans doute issues de quelque digest).

     2°) Pourquoi Jacquard, habité d’un tel mépris du Credo, a-t-il rédigé ce commentaire ? Veut-il alerter le Monde et le conduire vers la lumière ? Je ne crois pas. La vraie réponse est ressassée comme une scie maniaque : «Le scientifique que je suis va donc dialoguer avec l’enfant que j’ai été» (couverture). «La religion catholique romaine m’a longtemps, trop longtemps apporté le confort de ses certitudes ... mon enfance en a été quotidiennement imprégnée» (p 11). «La croyance en la tout puissance ... est un résidu de nos réflexes d’enfants» (p 64). «Il serait si confortable ... de les accepter ... avec la signification si claire ... lorsque j’étais enfant !» (p 120). «De telles phrases ramènent la réflexion à un niveau préinfantile» (p 123). «L’analyse des croyances qui ont comblé mon enfance ... m’en fait découvrir le vide» (p 141). Jacquard règle un compte avec son jeune âge. Ce livre contient les minutes de l’exorcisme par lequel l’auteur rejette ses croyances enfantines ; c’est un journal intime où l’adolescent consigne ses états d’âme. Bref, à près de quatre-vingt ans, Albert Jacquard nous fait sa « crise de la foi ». Il vient de prendre conscience de l’écart immense entre sa culture profane avancée et son savoir religieux infantile. Prions Dieu qu’il lui accorde encore de nombreuses années de vie pour parvenir à une foi adulte, celle que le Christ demande : «En vérité je vous le dis, si vous ne retournez à l'état des enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux» (Mt 18, 2)

     Un livre risible donc, mais dangereux tant il est vrai que le demi ignorant exerce une grande fascination sentimentale sur l’ignorant.

PS : Quelques perles glanées au passage pour achever de montrer combien une savante fatuité rend aveugle et fait écrire n’importe quoi :

  • «La plus humble des sciences, l’arithmétique» (p 35). Voilà qui va plaire à l’élite des mathématiciens.
  • «Impossible de distinguer un tas de tasses dont tous les éléments ont été enlevés d’un tas de fourchettes dont tous les éléments ont disparu» (p 37). Ça, je dois dire ...
  • «Nous savons maintenant (à vrai dire depuis peu de temps) que la procréation [humaine] implique deux individus» (p 50). Ouf !!! Mais comment donc ont fait nos ancêtres ?
  • «La continuité est totale entre l’organisme [humain] que l’on dit vivant et l’organisme que l’on dit mort mais qui est grouillant d’une autre forme de vie» (p 100). Peut-être les asticots le démangent-ils déjà ?

Voici les propositions de ce mois :

* Biographie au menu 1 "Présentation" :

  • "Ystoria, chapitres 11 et 12"
    Suite de la traduction de la Biographie de Thomas d'Aquin par Guillaume de Tocco.

* Suite des cours précédents au menu 10 "E_Studium" :

  • Preuves de l'existence de Dieu : "Préalables théologiques"
  • Illustration des sophismes 7 du Professeur Yvan Pelletier de l'Université Laval

* Traductions au menu 4 "Autres traductions"

  • "Commentaire de l'Ethique à Nicomaque, Livre 7"
    du Professeur Yvan Pelletier de l'Université Laval

* Et toujours, au menu 8 "Actualité de Thomas d'Aquin" :

  • "Lettres" : Retrouvez les éditoriaux et les nouveautés des mois précédents.
  • "Chroniques" : L'actualité éditoriale sur Thomas d'Aquin
  • "Références" : Vous travaillez sur une thèse, un article, une communication et vous cherchez à connaître la pensée de Thomas d'Aquin. Interrogez-nous !
  • "Evénements" : Vous voulez annoncer une conférence, la sortie d'un livre, une session, un colloque, ... ? Nous l'annonçons sur le "Grand Portail".
  • "Vous" : Rubrique à votre service en toute liberté.


Découvrez les nouveautés de ce mois sur le
Grand Portail Thomas d'Aquin

Lettre diffusée à exemplaires