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THOMAS D'AQUIN

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      N° 27. EDITION DECEMBRE 2003 :
* Connaissance confuse. «Les enfants appellent d'abord tous les hommes pères, et mères, toutes les femmes, c’est seulement ensuite qu’ils les distinguent les uns des autres» (Aristote, Physiques, L. 1, ch.1, 184 b 12). Par cette tendresse inaccoutumée dans un ouvrage aussi aride que les Physiques, Aristote achève une discussion délicate sur la nature de nos connaissances premières. «La marche naturelle, c’est d’aller des choses les plus connaissables pour nous à celles qui sont plus claires en soi. Or ce qui nous est d’abord manifeste et clair, ce sont les ensembles les plus confondus ... C’est pourquoi il faut aller de l’universalisation à la particularisation ... les noms indiquent une sorte d’indistinction globale, tandis que la définition divise par analyse les parties spécifiques» (- id -)

      «Maman !» Chaque père guette ce premier mot de ses enfants. Il attend avec impatience le moment où son rejeton s’ouvre au monde de la communication et de la relation personnelle. C’est aussi le son le plus simple à articuler dans un souffle, en ouvrant par deux fois des lèvres tendres et humides. Où la nature très biologique rejoint l’expression la plus humanisée et confère à ce double «mmm» une universalité qui transcende de nombreuses langues et civilisations – mummy, mamouchka, mamma ... Mais quelle indistinction globale exprime alors le nourrisson ? Sans conteste cet être connu et chéri dans une relation à la fois objective et subjective, l’unique et universelle mère, le tout de l’enfant ... sa première nomination de l’être.

      En attribuant vite ce nom aux autres femmes qu’il rencontre, l’enfançon réalise en toute innocence une œuvre cognitive élaborée qui est pour Aristote le modèle de nos premières connaissances scientifiques : ce que la tradition thomiste nomme «la connaissance confuse». A ne pas comprendre comme «perturbée» ou «désordonnée», mais au sens de «fusionnée», «confondue», cependant potentiellement riche de distinctions à venir. L’enfant est sensible aux similitudes avant de l’être aux différences. Il nomme «mère» en raison de la communauté entre toutes les femmes. Ce commun n’est pas encore un universel au sens philosophique, mais l’ensemble des traits apparents qui relient les femmes entre elles et à l’enfant : la grâce générale, la voix, la douceur, le parfum, le giron, la confiance abandonnée, synthétisés et fondus en une seule et unique impression globale très indistincte et très certaine de maternité. Commun accidentel donc, d’un point de vue absolu, mais essentiel dans l’ordre vital.

      Accompagnant sa parole d’un petit doigt pointé vers l’objet de sa considération, le bébé n’entend pas seulement parler. Il veut signifier une qualité à ses yeux première, à propos de la personne dont il désigne la présence singulière. «L’être que je vois et vous montre, est une maman !». Il affirme l’identité d’une existence. «Maman» ne signifie plus seulement l’origine d’un sentiment d’amour, mais la froide attribution d’une essence à un être. Les motifs de l’imposition du nom restent accidentels, mais la signification, par un basculement, devient essentielle : «femme» – non plus la maternité, mais sa cause : la féminité. C’est l’autre versant de la connaissance confuse, ce premier jugement d’attribution d’une espèce à un sujet qui est aussi une certitude existentielle. En filigrane flotte le principe de non-contradiction, dont encore fœtus, il a déjà pris conscience avec ses premiers contacts sensibles in utero. «C’est ainsi et pas autrement !»

      Essence universellement signifiée par le nom ; principe premier de vérité et d’existence implicitement affirmé dans l’expression. Voilà la connaissance très confuse mais source de toute certitude, sur laquelle s’appuie toute la recherche intellectuelle de l’homme, depuis l’«infans» (encore privé du langage) jusqu’au plus savant ... «Bien que j’aie soutenu ailleurs une opinion différente, il faut affirmer que le Christ a possédé une science acquise, de mode proprement humain ... Il y a eu dans l’âme du Christ un habitus de science qui a pu s’accroître par l’abstraction de telles espèces» (Somme Théologique, IIIa, q 9, a 4, q 12, a 2). Ce temps entre Noël et le Baptême du Christ est propice à considérer que la science proprement humaine de Jésus, qui fut immense, fut confusément exprimée en son entier dans ce premier mot : «Maman».

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  • Preuves de l'existence de Dieu : "Première preuve -1-"
  • Illustration des sophismes 8 du Professeur Yvan Pelletier de l'Université Laval

* Traductions au menu 4 "Autres traductions"

  • "Commentaire de l'Ethique à Nicomaque, Livre 8"
    du Professeur Yvan Pelletier de l'Université Laval

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  • L'actualité éditoriale de décembre 2003 sur Thomas d'Aquin
    par Alain Blachair

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