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THOMAS D'AQUIN

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    N° 33. EDITION AVRIL - JUIN 2005 :
* Philosophia perennis. « S'il y a encore des hommes qui ne soient pas assez persuadés de l'existence de Dieu, qu'ils sachent que toutes les autres choses dont ils se pensent peut-être plus assurés, comme d'avoir un corps, et qu'il y a des astres et une terre, et choses semblables sont moins certaines ... Je ne crois pas qu'ils puissent donner aucune raison qui soit suffisante pour ôter ce doute s'ils ne présupposent l'existence de Dieu ... Car savoir que les choses que nous concevons très clairement et très distinctement sont toutes vraies, n'est assuré qu'à cause que Dieu existe, et qu'il est un être parfait, et que tout ce qui est en nous vient de lui » (Descartes, Discours de la Méthode , 4ème partie).
            Descartes greffe toutes les vérités intellectuelles sur la certitude de l’existence de Dieu. Parce que cette connaissance est la première, la plus certaine et la plus parfaite, elle rend raison de toutes les autres. C’est donc à connaître l’existence et la perfection de Dieu qu’il nous faut nous consacrer avant tout pour pouvoir ensuite penser l’Univers et l’homme avec quelque assurance. Tel est le fond le plus essentiel de la pensée cartésienne. La connaissance du cogito n’est utile que parce qu’elle conduit à la celle de Dieu, et c’est véritablement cette dernière qui est la clef de voûte de toute la pensée de notre auteur à propos de la vérité.
            Mais alors, Descartes serait-il devenu thomiste ? Ou pire, Thomas cartésien ? Car ce dernier écrivit quelques lignes étrangement semblables : « Il semble que Dieu soit ce qui est connu d'abord par l'esprit humain. En effet, ce en quoi tout le reste est connu, et au moyen de quoi nous en jugeons, est notre premier objet de connaissance. Or, c'est dans la lumière de la vérité première que nous connaissons toutes choses, et que nous en jugeons. Dieu est donc pour nous le premier objet de connaissance ... En outre, Dieu est la cause de toutes nos connaissances. Il est, en effet, "la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde". Dieu est donc pour nous le premier et le plus haut objet de connaissance ». ( Summ Théo, Ia, Q88, a3)

            Nous retrouvons en effet les mêmes intuitions fondamentales :

  • Dieu est la Vérité première
  • Il est la raison de la connaissance de tout le reste, car il est la connaissance la plus parfaite
  • C’est lui la cause de toutes nos connaissances
  • Il doit donc être la première réalité à connaître pour connaître quoi que ce soit avec certitude

            Sur ce point, nos deux philosophes semblent donc d’accord. Dieu est la première vérité connue, sur laquelle se fonde toute vérité à venir ainsi que toute certitude.

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            Thomas d’Aquin est arrivé à un double résultat, de repousser à lui seul toutes les erreurs des temps antérieurs, et de fournir des armes invincibles pour dissiper celles qui ne manqueront pas de surgir dans l’avenir ! » (Léon XIII). Voilà bien ce genre d’affirmation qui, si elle devait être autre chose qu’une clause de style, ferait s’étrangler dans leur cravate tous les pourfendeurs de dogmatisme comme tous les zélotes de la liberté de pensée. Encore pourraient-ils admettre qu’il assume les doctrines antérieures dont il a eu connaissance, mais de quel droit hypothéquer ainsi l’avenir de la pensée ? Saint Thomas est-il astrologue ? devin ?
            Et pourtant … Pourtant si Thomas a écrit les lignes que nous avons rapportées, c’est bien expressément pour les réfuter, quelques 4 siècles avant que notre philosophe français en fasse le cœur de sa pensée. Elles font parties des objections que le théologien prend soin récupérer partout chez ses prédécesseurs et ses contemporains avant de développer sa propre pensée. Il est ainsi certain de répondre aux véritables difficultés sans ronronner dans un système clos. Voici ce qu’il dit ensuite :
            « "Dieu, personne ne l'a jamais vu", dit S. Jean. Répondons que, puisque l'intelligence humaine ne peut, dans la vie présente, connaître les substances immatérielles créées, elle pourra bien moins encore connaître l'essence de la substance incréée. Il faut donc affirmer absolument que Dieu n'est pas pour nous le premier objet connu, mais bien plutôt que nous parvenons à le connaître au moyen des créatures, selon S. Paul : "Les perfections invisibles de Dieu sont rendues visibles à l'intelligence au moyen de ses œuvres". Mais ce qui est connu premièrement par nous, dans la vie présente, c'est l'essence de la réalité matérielle, qui est l'objet de notre intelligence, comme nous l'avons affirmé bien des fois.
            Donc, nous connaissons et jugeons toutes choses à la lumière de la vérité première, pour autant que la lumière même de notre intelligence, possédée par nature et par grâce, n'est rien d'autre qu'un reflet de cette vérité première, comme nous l'avons dit antérieurement. Or la lumière de notre intelligence n'est pas pour elle un objet, mais un moyen de connaissance. Donc, Dieu est bien moins encore pour notre intelligence le premier objet connu. Ensuite, (…) Dieu est cause de tout ce qui est connu, non comme premier objet de connaissance, mais comme cause première de toute faculté connaissante. Enfin, s'il y avait en notre âme une image parfaite de Dieu, de même que le Fils est l'image parfaite du Père, notre esprit connaîtrait Dieu immédiatement. Mais cette image est imparfaite. Donc le raisonnement ne vaut pas ».Ainsi, Thomas nous a bien donné, avec une étonnante prémonition, les moyens de réfuter Descartes.
            Nous pourrions multiplier ce genre d’exemples, y compris avec les pensées les plus contemporaines. C’est, à notre niveau, ce que nous essayons de montrer sur nos forums de Questions Disputées. Oui, osons répéter : « Thomas d’Aquin est arrivé à un double résultat, de repousser à lui seul toutes les erreurs des temps antérieurs, et de fournir des armes invincibles pour dissiper celles qui ne manqueront pas de surgir dans l’avenir ». Il ne s’agit pas d’une simple clause de style !

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    Alain Blachaire

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