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| N° 34. EDITION JUILLET - SEPTEMBRE 2005 : | ||||||
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* Emergence. La question de l’« émergence » serait-elle le nouveau divan sur lequel s’épanchent les angoisses existentielles de la communauté scientifique ? On qualifie en effet d’émergente, la caractéristique d’un système donné lorsque, bien qu’elle soit en principe réductible aux propriétés des constituants de niveau inférieur du système, il semble impossible de prédire a priori sa survenance à partir de la connaissance, même complète, de ces dites propriétés. Ce que résume l’adage : « Le tout est plus que la somme des parties ! ».
Mais quel est le problème ? Si la caractéristique en question n’est pas explicable par les propriétés des constituant du système, c’est qu’elle vient d’ailleurs. Mais d’où ? d’une force vitale parcourant le système ? de l’intervention mystérieuse d’un démiurge ? La règle du réductionnisme scientifique s’effondre, entraînant dans sa chute la loi d’airain de la scientificité : le principe de matérialisme. Vitalisme et mysticisme les deux monstres maudits par la science reprendraient-ils la barre de la connaissance ? Le réductionnisme postule que les phénomènes biologiques doivent se décomposer exhaustivement en propriétés physico-chimiques, que la psychologie est entièrement explicable par des processus neuro-cérébraux ou encore que les événements thermodynamiques ne sont que des mouvements mécaniques complexes. Toute une partie de la physique cherche à expliquer en divisant de plus en plus finement : molécule, atome, électron / proton / neutron, particules (la mécanique quantique fixe aujourd’hui une limite absolue à cette démarche). Et la biologie la rejoint sur cette route : cellule, chromosome, protéine et ADN, base azotée et acide aminé, molécule (la jointure avec la physique !) ..., avec la ferme intention de pouvoir refaire le chemin inverse. Ainsi est respecté le matérialisme : tout provient de l’agencement de la matière et n’est scientifique que ce qui s’explique par lui. Tandis que d’après les tenants de l’émergence, si un système ou un organisme est effectivement composé de ses parties, certaines propriétés de ces dernières cependant, sont débitrices du tout et de son dynamisme, voire de son environnement. Des caractéristiques globales ne se réduisent pas à celles des composants tandis qu’au contraire, certaines propriétés des parties ne s’expliquent que par l’ensemble et se modifient avec le mouvement d’ensemble. La partie subit le tout et le tout engendre la partie ! Le réductionnisme est mis à bas. Et son père, le matérialisme ? La question qui vient à l’esprit est la suivante : les parties en lesquelles la science divise un tout sont-elles celles qui ont servi à sa genèse ? Le réductionniste ayant en tête le modèle de l’horloge on l’appelle aussi pour cela "mécaniciste" répond évidemment "oui". Notre savant souffre-t-il d’anthropomorphisme exagéré ? Car c’est le tout, avec ses propriétés globales, qu’il rencontre en premier comme un donné transcendant dont il entreprend l’explication. Qu’il choisisse pour cela de le démonter est son droit le plus strict. Mais s’il ne retrouve plus dans les éléments ce qui permet à l’ensemble de fonctionner, s’il ne peut plus le remonter, cela ne l’autorise pas à nier ensuite ce qu’il observe d’abord. Exemple : Le tout qu’est l’homme s’engendre-t-il par la composition des parties que la biochimie désigne comme les briques élémentaires de la cellule animale ? L’expérience plurimillénaire de générations humaines semble largement plaider pour le "non". C’est le tout l’adulte qui génère et détermine la partie les gamètes et cette dernière contient évidemment beaucoup plus qu’elle-même : toute la puissance du géniteur. Aristote le savait déjà ! Rien d’étonnant alors à ce que la connaissance, même complète, des composants résultant de la division de la cellule ne puisse suffire à prévoir le comportement global du tout en question c'est-à-dire à le reproduire puisque ce dernier n’a pas été façonné à partir d’eux, mais autrement ! Le tout n’est pas nécessairement composé avec les parties en lesquelles il se divise. La droite n’est pas composée de points et on ne confectionne pas une baguette de pain en accolant des tartines entre deux croûtons ! La découverte d’une émergence est la constatation de l’hétérogénéité entre ces deux ordres : composition et division. Nul besoin alors de postuler quelque mystérieuse force extérieure. Ce qu’il y a de légitime dans la loi d’airain, à savoir n’expliquer les phénomènes que par des causes intrinsèques, peut être sauvé. Il faut cependant que la seule connaissance des particules matérielles étant insuffisante à tout expliquer le savant reconnaisse l’existence d’un principe transcendant d’organisation et de dynamisme global propre au tout, principe qui s’impose d’emblée comme un donné sous-jacent à toute explication scientifique ultérieure. Or ce principe a un nom : la "forme". L’émergence conduit de l’atomisme à l’hylémorphisme, elle nous fait progresser de Démocrite à Aristote. Quant à savoir ce qu’est la nature de cette forme et d’où elle vient, le même Aristote nous prévient : cela ne relève plus de la science (Physiques, L. 1, ch. 9, fin). Voici les propositions de ce mois : * 3 articles au menu 9 "Articles de philosophie thomiste" :
* Nouvelle série de cours au menu 10 "E_Studium" :
* Chroniques au menu 8 "Actualité de Thomas d'Aquin" :
* Forum au menu 5 "Forum de discussion", 2 nouveaux Grands Débats
* Et toujours, au menu 8 "Actualité de Thomas d'Aquin" :
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