LETTRE DU
GRAND PORTAIL
THOMAS D'AQUIN

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      N° 50. EDITION JANVIER JUILLET 2010 :

  • Ostensione 2010      Dans son introduction générale à toute la théologie, Thomas d’Aquin insiste sur l’ascendant de la Doctrine divine, au dessus des savoirs humains. Il est au pouvoir de Dieu, en effet, « d'employer, pour signifier quelque chose, non seulement des mots, ce que peut aussi faire l'homme, mais également les choses mêmes » ; pouvoir totalement hors de notre portée, et qui fonde le sens spirituel des Écritures, au-delà de la lettre. Lorsque notre entendement demeure sourd à sa parole, Dieu bouscule alors les événements, pour nous forcer à l’écouter. C’est le premier don de cet insondable mystère ostensiblement déployé devant nous.

          Dans son introduction générale à toute la philosophie, Aristote prévient : « L’auditeur est sourcilleux sur ses pratiques intellectuelles. Nous tenons à ce qu’on nous serve un discours conforme à nos habitudes de penser. Or il est des hommes qui n’admettent d’autres démonstrations que mathématiques, et qui exigent que tout soit rigoureusement démontré ». Et, commentant ce passage, saint Thomas de préciser : « Aristote parle de la tournure d’esprit de ceux qui sont nourris aux mathématiques, tournure qui est chez eux, comme une seconde nature. Elle peut même parfois dénoter une certaine insuffisance de l’intelligence, bridée par une trop forte imagination ». C’est le deuxième don de cette étoffe sacrée : Dieu est "le" pédagogue du genre humain ; il tient à choisir à chaque époque, les leçons les plus audibles pour ce temps.

          Aussi retiendrons-nous trois dates providentielles pour le Linceul de Turin – car c’est bien de lui que nous aimerions nous entretenir.

          En 1353, à l’aube d’une époque de guerres sanglantes, de peste ravageuse et de papauté déclinante, il est pour la première fois offert à la contemplation publique des hommes. La Providence avait mystérieusement agencé l’histoire pour que, de Jérusalem à Lirey en Champagne, ce drap fut discrètement préservé des destructions humaines et naturelles durant 13 siècles. Il pouvait alors surgir en ces temps de malheurs, où le culte des traces de Dieu et de ses saints, apportait le réconfort au-delà de toute autre preuve. Malgré les réserves coutumières de l’autorité ecclésiale, le peuple ne se trompa pas sur le miracle de cette relique mortuaire : l’espérance en Dieu seul, fut pour tous, son premier message spirituel.

          En 1898, l’optimisme scientiste, avec ses succès spectaculaires, semblait triompher en tous les esprits éclairés, reléguant la ferveur religieuse à l’obscurantisme de l’ignorance. Depuis longtemps les savants, parfois des chrétiens, avaient tourné le dos au surnaturel et au miracle. Même Lourdes et ses foules, cinquante ans auparavant, n’ont pas suffi à ébranler le dogme scientifique. Le matérialisme méthodologique était devenu une tournure d’esprit et une seconde nature de la Belle Époque. Aussi Dieu dut-il se servir de la science pour se démontrer aux esprits de ce temps. C’est la fabuleuse découverte d’un négatif qui s’avère être plus parfait que notre haute résolution actuelle. La science décontenançait la science de la tête aux pieds ! La Providence avait préparé, quelques 19 siècles auparavant, tous les composants d’une épreuve photographique inconcevable à l’esprit humain. Par la pédagogie "événementielle" de Dieu, le linceul plongeait ce jour-là, la société des savants dans l’inquiétude du surnaturel. Le linceul fut certes, un des objets les plus scientifiquement étudiés et débattus du vingtième siècle.

          En 1988, le vingtième siècle a vu s’achever une seconde révolution de la science, qui paradoxalement, érige l’incertitude en principe du savoir. Le doute, le relativisme, l’évanescence du réel, l’inconsistance des limites, l’infinie division de l’atome, l’emportent sur l’inflexibilité de l’expérimentation. Un chaos intime serait à l’origine de tout ordre apparent. Par ailleurs, ce siècle fut aussi celui des guerres et des dictatures "scientifiques", et nul autre âge de l’humanité n’en connut jamais d’aussi sanguinaires. Pourtant, cette année là, « les résultats de la datation au carbone 14 sur un échantillon du Linceul, apportent la preuve définitive que le lin du suaire est médiéval ». C’est du moins à quoi conclut une revue savante américaine, au terme d’examens jugés totalement fiables. Et toute science s’acheva dès lors. Les partisans de l’authenticité s’en retournèrent désenchantés, tels les pèlerins d’Emmaüs.

          Mais c’est un couple de chercheurs amateurs américains, dont la foi inébranlable leur interdit d’accepter une conclusion si contraire à l’évidence, qui apporte la preuve que l’échantillon soumis au carbone 14 n’est pas représentatif du Linceul en son entier, malgré le mépris souverain du monde des savants. Comme les femmes de l’Évangile au matin de Pâque, ils redonnent alors espoir aux « sindonologues ».

          En forgeant ce troisième épisode, la Providence veut appeler le savant croyant à une nouvelle révolution culturelle : c’est bien une conviction métaphysique, et non pas une expérience de laboratoire, qui est au fondement d’une conclusion scientifique. C’est la foi qui recherche l’intelligence. Dieu l’invite à délaisser la croisière côtière d’un savoir "bridé" par la hantise de la confirmation expérimentale, pour s’élancer sans peur sur la haute mer de la philosophie et de la théologie, au risque de perdre le rivage de vue. L’heure est à l’au-delà de la science.

          Notre scientifique chrétien ressemble, en effet, à l’apôtre Jean qui se précipite au tombeau. « Il courut plus vite que Pierre, et arriva au sépulcre. Et, s'étant penché, il vit les linges posés à terre; mais il n'entra pas. Simon-Pierre qui le suivait, arriva à son tour et entra dans le sépulcre. Alors, l'autre disciple qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi; il vit et il crut » (Jn. 20:3-8). La science parvient au seuil de l’esprit, mais c’est à la foi d’entrer dans le mystère, et de permettre à la science de conclure. Dès lors, le message du Linceul pour notre temps ne serait-il pas celui du Christ à l’apôtre Thomas ? « Puis il dit au savant : Avance ici ton microscope et regarde mes mains ; approche aussi ton accélérateur de particules, et enfonce-le dans mon côté ; et ne sois plus incrédule, mais croyant … Heureux celui qui aura cru sans avoir vu » (d’après Jn. 20:27,29), comme une démonstration scientifique de la Résurrection ?

          Quant aux savants athées, « s'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, quand bien même quelqu'un ressusciterait d'entre les morts, ils ne croiraient pas » (Lc. 16:31). Car c’est la métaphysique qui préside à la science.

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