Icône
"St Thomas de Aquino"
28 janvier 2002
Le
tableau est peint sur un panneau de tilleul sur lequel ont été rapportées des
moulures également
sculptées
dans du tilleul. Toute la face destinée à être peinte et dorée ainsi que les
côtés ont été entièrement recouverts d'une toile fine collée à la colle animale
afin d'éviter des fissures de l'enduit lorsque le bois du panneau joue, ce qui
est inévitable avec du bois massif. Le tout est ensuite recouvert de plusieurs
couches d'un enduit traditionnel fait de craie et de colle animale chaude.
Toutes les couches successives sont soigneusement poncées après séchage jusqu'à
obtenir un panneau blanc et dur, poli comme du marbre. La face arrière est
recouverte de plusieurs couches de laque au Copal, très dure, qui protégera le
bois.
Comme cela se faisait traditionnellement, le contour du personnage peint ainsi que l’empreinte de l’auréole et des différents ornements sont gravés dans l’enduit à la pointe sèche. Les détails en relief (ornements de l’auréole, lettres des textes, etc.) sont réalisés selon une méthode personnelle qui relève des techniques des laques de Chine et du Japon : un mélange de laque et d’une charge en poudre (qui peut être colorée) est appliqué à la pointe du pinceau. Cette matière qui ne s’aplatit pas en séchant et qui devient très dure peut ensuite être polie et recevoir la dorure.
Toute les parties destinées à être dorées sont couvertes d’un enduit rougeâtre au bol d’Arménie très lisse et très fin. Après un dernier polissage soigneux de cette « assiette à dorer », on applique les feuilles d’or, une opération qui demande une certaine habitude. Les feuilles d’or sont ensuite passées au brunissoir afin de les incruster dans le fond et de leur donner l’aspect d’une plaque d’or. Il y a sur le tableau plusieurs épaisseurs de feuilles d’or.
Peut enfin
commencer la peinture proprement dite. Celle-ci est constituée de pigments
naturels très solides, essentiellement des terres (notamment de la terre verte
dans les ombres, qui était utilisée par les peintres siennois du moyen âge) et
d’un mélange riche de médium à l’œuf, de térébenthine de Venise et de résine
fossile (Copal). Cela donne une pâte qui devient dure dans le temps et conserve
la fraîcheur des tons ainsi que le brillant .
Les premières couches sont d’abord maigres et peu colorées. Un temps de séchage suffisant doit être respecté entre chaque couche. Enfin, une couche de vernis au Copal et une légère patine ont été appliquées en final pour protéger le tableau et lui donner un aspect « pas trop neuf ». Telle est la liste des opérations que respectaient les anciens.
Pour ce qui est de l’esprit qui a présidé à la réalisation du tableau, je voulais avant tout que cette peinture soit une peinture siennoise du 13ème – 14ème siècle, car l’impact de la pensée de Saint Thomas a été fort sur les italiens de cette époque et les peintres siennois, en particulier, l’ont beaucoup représenté. Toutefois, j’ai tenu à ne copier aucun de ces tableaux quant à la physionomie du saint. La seule chose qui soit copiée est l’écriture du bas du tableau qui identifie le personnage. Il n’en reste pas moins que l’attitude et le vêtement sont tout à fait classiques.
Bien sûr, avant et pendant la réalisation, j’ai prié
Saint Thomas pour qu’il m’inspire car
je voulais donner au personnage une
grande intériorité ainsi que la majesté qui convient à un si grand Docteur de
l’Eglise, en gardant en même temps le hiératisme qui caractérise la peinture de
l’époque. J’espère y être parvenu. Il fallait aussi, naturellement que le saint
présente à Dieu et à la vénération de tous, le livre de la Somme Théologique,
sa grande œuvre. Enfin, il fallait que Saint Thomas, qui a dû vivre sur terre
dans une certaine pauvreté évangélique, soit ici représenté dans toute sa
gloire céleste, environné d’or précieux. Ce qui explique également les
broderies dorées des manches de sa robe qui ne devait certainement pas être
aussi riche de son vivant …
Alain Plotard,
Iconographe
149 cours de la Libération
F_38100 Grenoble
FRANCE